إسهامات

Si l'on prend une règle, un crayon, une carte d'Algérie, et une verticale avec Alger comme point de départ, en plongeant 600 km vers le Sud, on arrive pratiquement à Ghardaïa, sous-préfecture du département des Oasis, chef-lieu du M'Zab, carrefour de toutes les routes qui mènent vers le grand Sud, jadis port d'attache des caravanes, aujourd'hui point de chute évident de tous les voyageurs, randonneurs, routiers qui filent en toutes saisons vers les grands espaces du Sahara. Ghardaïa, c'est la limite nord du Sahara, mais on y est déjà vraiment, car, en fait, c'est un petit peu plus haut, à la latitude de Laghouat, de Biskra, que s'ouvrent les portes du désert. Mais le désert peut être aussi violent, dur, rigoureux, sur ses limites septentrionales, qu'en plein cœur du Ténéré ou du Tanezrouft.

Le M’Zab, c'est le « désert dans le désert » comme les deux régions que je viens de citer. L'expression n'est pas nouvelle et traduit bien la dureté du site, une chebka de pierre calcinée l'été par le soleil de feu, rabotée l'hiver par les vents glacés des hauts plateaux de Djelfa.

Chebka en arabe veut dire « filet ». Une vue d'avion confirme ce terme de chebka, attribué depuis plusieurs siècles: la chebka du M’Zab est un plateau rocheux raviné par les oueds. Les géographes disent : « Il s'agit d'un plateau secondaire de l'âge crétacé formé par les calcaires durs du Turonien profondément raviné par l'érosion fluviale pendant la période humide qui marque le début du quaternaire. » Le plateau comporte lui même des subdivisions d'aspect physique notablement différent: dans la partie nord surtout, et sur la périphérie, des séries de buttes témoins de faible hauteur à toit plat appartenant à la formation géologique du sénonien sont les vestiges du niveau primitif du sol. Dans la partie sud, au contraire, les étendues planes dominent, coupées seulement par les vallées très encaissées des grands oueds : Oued M’Zab, Oued Metlili, Oued Sebseb, coulant en direction générale ouest-est.

Tout cet ensemble présente une unité remarquable d'aspect physique, de conformation géologique et de climat qui fait de la chebka une région naturelle distincte. Que l'on vienne du Tell par avion ou par la route, on perçoit très nettement la différence sensible qui existe entre les terrains plats de la région de Laghouat et même plus bas, et les entablements ocres de la chebka, dont les falaises rocheuses accusent une déclivité moyenne d'une centaine de mètres par rapport au fond des oueds asséchés. Ceux-ci présentent les seules possibilités de culture. En effet, le plateau, épine dorsale du Sahara, perméable, buriné par l'érosion éolienne précipitations (67 mm en moyenne), tombent à Ghardaïa essentiellement sous forme de pluies d'orage à l'automne et au printemps ont comme conséquences heureuses de provoquer la crue de l'oued. Celle-ci est irrégulière, peut se produire trois fois la même année, puis rester inexistante trois années de suite. Les vents de sable venant du sud-ouest à la fin de l'hiver sont alors particulièrement gênants, par suite de l'extrême pulvérulence de la poussière. La température, assez élevée en été (maximum absolu à Ghardaïa : 50°) est relativement fraîche en hiver (minimum absolu - 1° à Ghardaïa). Les gelées y sont exceptionnelles et de faible importance. De toute façon, même en hiver, un beau soleil a tôt fait de réchauffer les corps à partir de 10 heures du matin. L'époque la plus agréable est probablement l'automne et le début de l'hiver. La température y est idéale, la nature en état de grâce, le ciel céruléen.

En raison de ces conditions très difficiles, la végétation spontanée est rare, poussant uniquement en bordure des oueds. Elle est composée d'herbacées ou d'arbustes appartenant tous à la flore saharienne et qui reverdissent après chaque pluie : la roquette sauvage, ou « harra » peut être consommée en salade, ainsi que les feuilles de « hamouig », sorte d'oseille. Le « Berdi », sorte de roseau poussant dans le lit même des oueds, produit des rhizomes qu'apprécient les nomades, le « danoun » est une asperge sauvage, les « terfas » sont une sorte de truffe des sables dont on peut faire des ragoûts (les chroniqueurs, voyageurs et historiens arabes du onzième au quinzième siècles après J.-C. en signalent la présence jusqu'en Mauritanie. Elles ont aujourd'hui disparu de bien des oasis).

Les villes du M’Zab sont au nombre de sept, l'ensemble formant l'heptapole, laquelle se divise en deux sous-groupes : les villes de Guerrara et Berriane et la pentapole elle-même sur le tracé de l'oued M’Zab.

De l'aval vers l'amont : EL ATTEUF - BOUNOURA - BENI ISGUEN - MELIKA - GHARDAIA, sur une distance de 8 km seulement, témoignent depuis dix siècles de ce que le génie des hommes est capable de produire quand il est soutenu par une foi ardente : un fait de civilisation unique au monde, les oasis du M’Zab. L'histoire des Mozabites est une épopée extraordinaire, de celles que l'on a encore envie de raconter, le soir à la veillée, sous les étoiles, en commençant: il était une fois...

Livre Lumières Du M’zab

                                                                                                                           CLAUDE PAVARD

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